Mais c’est le frère aîné âgé d’une quarantaine d’années qui m’intrigue, celui dont elle dit qu’il souffre ‘plus qu’elle’, qu’il ‘pense trop’ tant et si bien qu’elle évite de parler du cadet devant lui pour le ‘protéger’. Tant et si bien qu’elle a pensé lui dire qu’il était mort. Pour qu’il cesse d’être habité par le sort de son frère et s’autorise à revivre un peu. En effet, il va manifestement mal, très mal, trop mal. Et c’est en tête à tête qu’il finit par nous dire ce qu’il le hante.
Quand le gamin âgé de 18 ans, est revenu en permission, il a annoncé à son père et à toute la famille qu’il voulait déserter car ‘ils allaient le tuer’. Eux l’ont convaincu de ne rien en faire: il faut bien défendre sa patrie. Et si ce n’était pas lui, quel père allait envoyer son fils la défendre cette foutue patrie? Ce ne sont jamais les fils des généraux qu’on envoie sur la ligne de front. Là, je confirme, des fils d'huitres ou de généraux, il n’y en a pas un sur les 4000 dont on attend encore le retour..
Alors, le père, qui n’était qu’un paysan patriote, a rassuré son fils, l'a prit par la main et l’a lui-même ramené jusqu'à son unité.
Et un mois après, le gosse était porté disparu.
Peu après, son père optait pour l’infarctus, la sortie de scène privilégiée des frères et des pères de disparus.
16 ans plus tard, la mère et le frère aîné ne se sont rien pardonnés et continuent de pleurer en attendant le retour du fils prodige.
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