vendredi 23 mai 2008

Le Mari

Lui, nerveux, presque agressif, ramassé en une boule de souffrance, peine à prononcer une phrase. Son fils, combattant, a été tué. Il avait 19 ans. Quand sa mère (l’épouse de l’interviewé) a appris la mort de son fils, elle est allé voir le commandement militaire et a demandé à s'engager. Le commandement a d'abord refusé. Quelques semaines plus tard, elle a renouvelé sa demande et ils ont encore refusé. A la troisième demande, ils finirent par accepter.
Et puis, lorsque l'hélicoptère dans lequel elle se trouvait, a été shooté, elle aussi a 'disparu'. Ds ce qu'il restait de l'hélicoptère, on a bien retrouvé les corps
carbonisés de deux de ses neveux mais nul ‘female human remains', comme on dit chez nous.
Il y avait déjà eu trop de morts dans la famille. Alors, ils ont demandé au mari, également combattant de son état, de rentrer chez lui. Ce qu’il fit. Et ce qu'il ne pourra peut être jamais se pardonner.
Aujourd’hui, il dit de son épouse qu'elle ‘était très intelligente, qu'elle 'faisait du karaté et qu'elle tirait très bien'...D’ailleurs, ‘elle ne se serait jamais laissé arrêter vivante’…
Quelques années plus tard, il s'est remarié, a eu un autre fils. Les photos de sa première famille trônent toujours au milieu du salon.
Sa nouvelle femme, attentive, essaie tant bien mal de le rattacher à la vie mais dit aussi qu'il ne cesse de pleurer. Son fils, âgé de 10 ans
à l’instar de millions d’enfants élevés ds des familles décapitées par la guerre, ne pense qu’à ‘tuer l’ennemi’.
Et c'est ainsi que les hommes grandissent.

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