lundi 28 avril 2008

Comme de bien entendu

Comme de bien entendu, il a fait le tour des commissariats, des unités militaires, des rapatriés, des administrations civiles et des hôpitaux. Il a aussi retourné les corps brûlés et méconnaissables déposés dans les morgues, ouvert les bouches et examiné les dents. Comme de bien entendu, il n’a pas trouvé son frère. En mourant, son père lui a fait promettre de ne jamais abandonner les recherches.

Les yeux du vieux paysan brillent de joie quand il nous raccompagne à sa porte en nous remerciant d’être venus. Comme de bien entendu, il nous salue en souhaitant que lors de notre prochaine visite, nous lui ramenions son fils.

Comme de bien entendu, ils ont creusé la terre, exhumé, retourné, examiné et fouillé 17 cadavres à la recherche d’un signe, d’un indice qui aurait pu leur indiquer qu’il s’agissait de leur fils.
Comme de bien entendu, ils n’ont rien trouvé.

Comme de bien entendu, la bouteille de vodka s’évaporera très vite encore ce soir.

samedi 26 avril 2008

Des barils et des os


Et quand il n’y aura
plus rien à extraire (soit entre 2012 et 2020) et que la crise pointera le bout de son nez, il n'y aura plus qu’à re-déclencher une petite guerre histoire d'envoyer la nouvelle génération jouer sur un champ de bataille duquel on n’a pas encore extrait les os de leurs frères aînés et de détourner l’attention du bon peuple lequel pourrait bien commencer à s’agacer de l’incurie de son gouvernement.



vendredi 25 avril 2008

Kaoland Story

A Kaoland, le port du voile est désormais obligatoire pour toutes les personnes de sexe féminin, quelque soit leur âge et leur statut marital sauf à prendre le risque de se faire exclure de leur travail ou de l’école. Ainsi en a décidé Sa Majesté Ramzan (the Big Boss). Quant à ses sujettes, elles résistent évidement, fières de leur léger bandana qui couvre une mèche de cheveux et ne cachaient rien de leur féminité.
Mais le président en a décidé autrement et pour être bien sur que ses sujets respectent l’oukaz royal, il a aussi mis en place une ‘police des mœurs’, un truc jusqu’alors parfaitement inconnu des Kaotiens.
Comme ds les meilleures années Staliniennes, une série de plaisanteries ont depuis fait leur apparition à Kaoland. Telles celle ou le mari dit à sa femme: ‘ça fait des années que je te demande de mettre le voile et tu ne l’as jamais mis. Il suffit que Ramzan te demande et tu le mets!’
Sa femme de rétorquer: ‘si Ramzan te le demandais, tu le mettrais aussi!’

vendredi 18 avril 2008

Il manque le générique de fin

Six ans après la disparition de leur fils, enrôlé à 18 ans et envoyé sur la ligne de front quelques mois plus tard pour ‘disparaitre’ quelques semaines après, ils ont reçu la visite des autorités militaires: ‘Pourquoi cachez-vous votre fils ?’ ont-ils osé leur demander.
C’est à ce moment là que la mère a voulu se pendre. Elle dit aussi qu’elle ‘a 4 enfants mais qu’elle n’en n’a plus qu’un’. Les autres, elle ‘ne les voit pas’.
Quant au père, ca fait 17 ans qu’il visite des rapatriés anciens ‘otages’ ou ‘prisonniers de guerre' (POW). Depuis 17 ans, il en a rencontré 368. 368 à qu'il a montré la photo de son fils car il ‘ne vit que pour continuer les recherches’.
Et tous les deux, scotchés à leur douleur, de me demander ce que j’en pense: est-il vivant ?

J’en pense rien. Je rêve d’une rencontre où les familles des deux côtés pourront se dire qu’il ne reste personne. Que c’est fini. Qu’ils ne reviendront plus.

jeudi 17 avril 2008

Des humanitaires

J’ai changé de cobayeloc. L’amateur rationnel de sorciers a donc laissé la place au cuistot, laveur de vaisselle et descendeur de poubelles à ses heures.
Il fait donc la bouffe, traduit à l’occasion (parlant quelques 5 langues différentes, il s’avère parfois très utile quant il s’agit de causer au marchand de fruits..), peut tenir une conversation sur la géopolitique du CO2 et se révèle de fait, un colocataire de qualité tout à fait acceptable. Mais surtout, il y croit, il croit qu’il fait une petite différence, il croit en la MMC. Il passe au bureau le week-end et aime ‘bien sa cheffe’; d’ailleurs, il aime bien tout le monde.
Pourtant, un jour, il troquera la blouse afghane pour la cravate, abandonnera l’humour estudiantin au profit d’un ton plus policé. Un jour, les interrogations sur son plan de carrière viendront devancer celles sur l’avenir du monde; il remisera la bouteille de vodka pour commander sur catalogue, les plus grands crus, commencera à ranger son cartable à six heures moins cinq pour se pointer à la grille extérieure à six heures trois. Un jour, il finira par endosser le costume de du parfait fonctionnaire international, grand dévoreur de paperasse devant l’éternel et qui a discuté avec son dernier ‘bénéficiaire’ 10 ans plus tôt.
Un jour proche ou lointain, il aura cessé d’y croire.
Et c’est ce jour là qu’il sera incontestablement devenu un authentique Mickey Mouse.

dimanche 13 avril 2008

Des joies comparées des aéroports et de l’usage de leurs chiottes

Après les vacances gauloises, bref interlude professionnel à Moscou sous le soleil du printemps.
La surprise viendra de l’aéroport: 20 minutes montre en main pour enregistrer (ligne internationale), passer la douane et les contrôles de sécurité, scanner inclus. Pour rappel: il s’agit en chaussettes, dans une petite cabine en verre qui se ferme sur vous, de poser ses pieds là ou un uniforme caché derrière une espèce de comptoir, vous aboie dans son micro de le faire, tout en levant haut les mains…
Un record en temps inégalé jusqu'à présent a fortiori en terre moscovite. On n’a pas encore les sourires des matrones mais nul doute qu’il y a du progrès.
Loin, très loin, du Roissy CDG étriqué, de ses queues bordéliques, interminables et innombrables, à la mesure du manque de comptoirs d’enregistrement et de postes de contrôle, à l’information à peine accessible pour le gaulois moyen, sans parler du malheureux étranger en transit qui, ds l’espoir de s’acheter une vie meilleure ou une vie tout court, continue de jeter ses papelars ds les chiottes du vieux de gaulle, ignorant que ça n’empêchera pas la police de venir qqs mois plus tard, le chercher à son boulot pour le renvoyer manu militari dans son monde de crevards.
A Moscou, je ne suis pas sure que ça soit un truc qui arrive souvent aux chiottes de l’aéroport vu le sort mortel souvent réservé par ce pays, aux peaux et ‘culs noirs’..

M’enfin, pour moi, peau blanche et passeport étonnamment en règle, ça a roulé..

dimanche 6 avril 2008

Les vieux (2)

Depuis 1993, ils n’ont jamais changé de ligne de téléphone et ont interdit à quiconque d’appeler sur cette ligne.
Au cas ou..leur fils les appelleraient un jour.
Que ça ne soit pas occupé...

vendredi 4 avril 2008

Les vieux

En les voyant ces deux petits vieux pas si vieux mais tellement usés par ces années d’attente, de recherches stériles, d’illusions dont ils ne peuvent se défaire: l’un ne pouvant plus marcher. L’autre ne voyant plus rien, on devine qu’ils sont au bout de la route.
Ils n’ont pas compris l’objet de notre entretien pourtant résumé au téléphone la veille et n’ont pas dormi de la nuit. Well, il est vrai qu'en ce qui concerne le papa, ça fait 15 ans qu’il a arrêté de dormir.

Ils nous attendaient, comme le Messie. Ils croyaient qu’on allait leur ramener leur fils.
Bah non. Dans 30 ans peut être, Inch Allah…

jeudi 3 avril 2008

De l’usage ir-raisonné de l’automobile à Bariland.

D’habitude, et quoiqu’ayant dument réussi le test maison m’autorisant à conduire les voitures des Mickey Mouse, je joue les princesses et prends un chauffeur, histoire de pas rajouter un stress là où c’est pas immédiatement nécessaire voire si c’est le soir, de pouvoir picoler tranquille. Mais pas ce jour là.
En l’absence de chauffeur disponible et vu que mon field off ne conduit pas, le choix est d’annuler le rdv ou de prendre le volant moi-même, ce que je finis par me résigner
à faire.
J’en aurais pour mon argent: deux heures de circulation apocalyptique au milieu d’embouteillages interminables, de coups de klaxons ininterrompus, de doublements de tous côtés à condition qu’il y ait trois centimètres de disponible, d’arrêts au beau milieu des passages cloutés-on va qd même pas laisser passer les piétons, sur qui l’on fonce allégrement en dépit de la rareté de l’espèce….
La seule règle dominant les routes de Bariland étant: casse toi de l
à que je m’y mette; c’est le règne de la plus grosse bagnole (oh, les nullards qui n’ont même pas une Mercédès..pas pour autant qu’ils donnent à bouffer de la viande à leurs gamins, note..), et plus généralement, du chauffard contre le reste du monde, chats, piétons (sorte d’aventurier-suicidaire apparemment doué d’invisibilité pour le conducteur barilien) et nanas compris.
Car ces cornichons l
à ne s’arrêtent même pas pour mater (et laisser passer…) les jolies filles qui traversent devant leurs pare-chocs. C’est dire à quel point ils ne sont pas civilisés.
Le jour suivant, j’ai déployé toutes mes charmes face au grand chef des voitures et ai obtenu un chauffeur.

mardi 1 avril 2008

Faut bien revenir bosser...

L'un de leur fils est missing. Le deuxième fils qui a également combattu, s'est suicidé peu après son retour de la guerre, 'à cause des souvenirs', dit sa mère.
Elle nous reçoit dans la pièce de la maison réservée à ses deux enfants. Car elle ne souhaite aller nul part ailleurs. Elle ne veut que rester avec eux: le vraiment mort et le mort-vivant et, de pleurer toute la journée devant leurs photos.
Le père est malade. Elle dit de lui, qu'il ne dort jamais et qu'il marche toute la nuit dans la rue 'comme un fou'.

Bien sur, il est comme tous ces pères qui, a force de se remplir de larmes, se fabriquent des tsunami intérieurs et finissent par mourir d’implosion.