jeudi 31 janvier 2008

Du bon usage du Coran et des vitamines

Lui, esprit tadjik et néanmoins rationnel, formé ds les meilleures universités anglaises, est terrassé depuis deux jours par un violent mal de dos, fruit, croit-il, du ‘mauvais œil’ soit d’un sort que quelqu’un de fort mal intentionné, lui aurait jeté. Quant à moi, je me bas contre une avalanche de symptômes grippaux fruits, je le crois, d’une attaque inopinée, intempestive et massive de microbes qui m’ont choisi comme terre d’asile.
Côté remèdes, la cuisinière lui confirme qu’il s’agit bien du mauvais œil et va demander soutien à sa sœur, estampillée experte ès-sorts et sortilèges tandis que je pioche abondamment ds la boîte à pilules délivrée au départ par un employeur rationnel et prévoyant. En parallèle, sa mère qui lui a fait, par téléphone, le diagnostic de mauvais œil, lui conseille de lire qqs sourates du Coran quant la mienne, qui ne songerait pas à me faire lire la bible, m’envoie des vitamines.

Talismans religieux et autres pratiques dites traditionnelles témoignent d’une approche holistique de la maladie en réconciliant le corps et l’esprit, étant souvent plus efficaces qu’on ne le croit, j’ignore qui des pilules ou des sorcières, présente le plus fort taux de réussite thérapeutique.
Ce qui je sais en revanche, c’est que lui est reparti au burô ce matin guéri, qd mes microbes à moi, n’ont pas encore songé à lever le camp.

lundi 28 janvier 2008

Sans foi ni loi mais… non-fumeurs

Ds ce métier, il arrive que l'on marche à côté des lois, que celles-ci soient d’origine divine (de l’athéisme affirmé des so-called ‘missionnaires’..) ou humaine. Sentiment confus que ds des environnements incertains, on peut tout se permettre, le meilleur et le pire.
On soigne donc en douce des combattants qui se cachent, on organise des lancements de réfugiés derrière les murs des ambassades, on planque des opposants qui ne peuvent rentrer chez eux, on passe des milliers de dollars ou d’euros planquées ds la culotte, sans les déclarer aux douanes; bref, on est les rois du monde…mais des rois ‘border line’, always.
Et parmi toutes les transgressions qu’on s’autorise parce c’est comme ça, il y en a une qui est de moins en moins possible, c’est la clope.

Alors qu’il y a quelques années, on reconnaissait encore les burô des logisticiens (pour ne citer qu’eux..) à la douce odeur de marijuana qui s’en échappait, aujourd’hui, c’est terminé. Le politiquement correct finalement importé des Sièges européens aura donc eu raison de nos ultimes transgressions.
La secte des vertueux nous contraint désormais à aller enfumer le béton et ce, même ds des bouts du monde où l’environnement est radioactif, l’eau pas potable, les risques de se choper une quelconque saloperie locale bien plus significatifs et même si, comme dans absolument tous les environnements pourris, les uns et les autres fument à tire-larigot vu que de tte façon, la probabilité de crever d’un cancer du poumon reste infiniment inférieure à toutes les autres.

dimanche 27 janvier 2008

Baril City, vu d’en haut

Lumières du soir sur BarilCity et son port, vus depuis la bien nommée ‘allée des Martyrs’...

mercredi 23 janvier 2008

Le malade imaginaire et son tensiomètre...

Dans cette partie du monde, chacun, jeune ou vieux, en bonne santé ou pas, a en permanence l'œil rivé sur le tensiomètre, sensible à sa moindre variation.
Pas une journée ne passe sans croiser quelqu'un qui se dise à l'instant présent, victime de problème de tension et qui décide illico de contrôler la chose au moyen de son instrument personnel. Ils attribuent ça au climat, comme nos vieux parlent de leurs rhumatismes et de la pluie et parfois, à autre chose. Les toubibs de la zone évoquent une alimentation trop grasse. Mais vu le prix auquel se 'monnaye' aujourd'hui leur diplôme, leur discours m'apparait toujours hautement suspect.
J'ignore si c'est un problème médical spécifique à cette région, s'il s'agit de troubles psychosomatiques ou si cela ressort d'une tendance à l'hypocondrie d'autant plus massive que l'on se rapproche de cultures fortement machistes ou l'expression d'une quelconque souffrance psychologique est forte incongrue sinon interdite.
Toujours est-il que chez les Bariliens comme chez leurs cousins du Nord ou de l'ouest, une petite douleur devient illico un cancer du cœur (lequel disparait trois jours après l'obligatoire visite chez le cardiologue), une légère migraine due à une évidente déshydratation (ramadan oblige) et qui aurait cédé avec l'absorption de qqs litres d'eau, se transforme en urgence médicale et réclame une perfusion tandis qu'un simple rhume oblige le povre malade à squatter son lit pendant une semaine et a subir moults injections…
Résultat des courses: entres guerres à répétions et malades imaginaires, les toubibs du coin et fabricants d'outils diagnostics à usage familial ont encore de beaux jours devant eux…

lundi 21 janvier 2008

L’Allée des Martyrs, suite et fin



Il y a celui qui est né en 1970. La guerre l’a tué en 1990.


Il y a celle qui est née en 1913. La guerre l’a tué en 1990.







Il y a eux, qui venaient

de se
marier.
La guerre les a tués, en 1994.




1990, début de guerre et début de la fin de l’histoire pour ces 4 là et qqs milliers d’autres de trop jeunes, de trop vieux, de trop cons, de trop malchanceux. On n’en a pas trop parlé à l’époque. C’était la grande période des Balkans, le début du Rwanda. Bref, pas le bon moment.

Qd on voit celui là qui a trouvé le moyen de se faire tuer le jour du cessez-le-feu, c’est ce qui s’appelle avoir pas de bol.

vendredi 11 janvier 2008

Des petits privilèges dont on s’accommode bien et vite

Vu qu’il y pas de raison que ca soit toujours les mêmes qui me supportent même s’ils ont 10 fois plus de Missings (z’avaient qu’à pas perdre d’abord..), me voilà donc repartie à Aznacity histoire d’aller jouer un peu avec ceux d’en face.

16 heures de train plus tard et j’amorçais le serial-passage de frontières: sortie du territoire de Bariland, premiers douaniers, passeport pris, rendu, bagages ouverts, fermés (toujours penser à poser une boite de tampons bien en évidence…), quelques questions et le train repart.
2 km plus loin, entrée à Geoland, passeport pris, rendu, et un papier de déclaration que je ne devrais pas remplir puisque je n’ai rien à déclarer mais que ce petit uniforme là tient absolument me faire signer. Je refuse. Il insiste. Avant que la situation ne se dégrade et ayant perdu toute patience lors des deux années précédentes au contact trop fréquent de ses alter-ego, je finis, par lui sortir le mot magique en lui mettant ma petite carte sous le nez.
Réaction immédiate de l’intéressé qui remballe son papelar illico tandis que son collègue de s’exclamer : ‘bah fallait nous le dire avant, on n’avait pas le droit de vs fouiller !’.. Moui…sauf que moi, j’ai encore un peu de mal à me faire à ce statut là. Apparemment, eux n’y voient pourtant aucune contradiction avec mes cheveux hérissons et mes bottes à air conditionné.
Qqs heures de bagnole et nous voilà à la frontière avec Aznaland. Là, forts de l’écusson CD, on se double toute la file en qqs minutes. Passeports retamponnés malgré le fait que je me plante de ‘bonjour’ m’attirant de la part de l’uniforme un: ‘ce bonjour là, c’est chez les autres, chez nous, c’est.. ‘ Il ne m’en voudra pas ou n’aura pas l’air et la frontière est passée en un temps record.
Retour. Ce coup ci, j’anticipe, je leur met ma carte sous le nez illico avant même qu’ils passent le bout de leur nez ds mon compartiment tout en prononçant le mot magique: ‘diplomate’.
Résultat immédiat: ‘Merci Madame. Excusez nous. Bon voyage’… Trop facile.…

lundi 7 janvier 2008

Vue du train, à l'aube



C'est un 2 janvier. Après 16 heures de train, et un 31 arrosé en compagnie d'autochtones préparant leur départ vers la Norvège, dernière terre d'asile européenne à offrir un avenir à ceux qui n'en n'ont plus, c'est le retour vers BarilCity, ses disparus et ses collines pour une fois sympathiquement enneigées.

vendredi 4 janvier 2008

Je ne peux rien faire pour eux

Lui, chef d'une association de victimes de guerres, tués ou missing. Je lui parle comme on parle à un responsable associatif doté -a priori- d’un minimum de raison.
Lui-même est prof et ancien officier; il a perdu une jambe pendant les combats et l’un des ses frères est 'missing'. Disparu. Depuis 14 ans...
Il raconte: ‘Après le cessez-le-feu, on a sympathisé avec les A (ceux qui étaient ds la tranchée d’en face). Ils nous ont dit que les nôtres travaillaient comme esclaves ou étaient retenus dans des prisons secrètes […] La plupart d'entre nous pensent qu'ils vont rentrer'.
14 ans plus tard, lui aussi, manifestement.

Ils sont fous… et je ne peux rien faire pour eux.