vendredi 30 novembre 2007

Interlude Kaotien

Un bel article sur Kaoland ce soir ds le Monde 2. Just buy it !

Même que malgré les visas impossibles à obtenir, les frontières qu’on ne passe plus, les manifestants assassinés, il reste des cavaliers blancs pour écrire des papiers sympas et Skype et autres free calls systèmes foutrement efficaces pour parler aux entôlés des Putinis et autres consorts.

Même que mes Kaotiens, ils z’ont pas ouvert la bouteille de cognac et qu’ils m’attendent pour la boire.

Même que la dernière fois que j’ai apporté un truc à des Kaotiens, ils avaient aussi attendu que je revienne pour l’ouvrir. Ca a pris huit ans.
Quand les bombes ont recommencé à tomber, ils étaient partis, valoches à la main, mais avec le confit de canard, le chocolat moisi et le petit blanc sec bien au chaud sous la pile de trésors ramassée en toute hâte.
Huit ans plus tard donc, la grand-mère, toujours refugiée, et sans nouvelles de moi depuis plusieurs années, était partie me chercher le paquet apporté en état et qu’on avait ouvert religieusement ensemble.

Ce coup ci, j’attendrai pas huit ans.

Et pour ceux qui souhaitent aider une famille de Kaoland à passer l’hiver ou à ouvrir un business, subventionner du bois, de la bouffe, des fringues ou des vaches au lieu d’aller claquer vos sous pour des mômes qui en plus du sapin, ont comme leurs parents, déjà tout et le reste..Let me know…

Dame Dufour, y'a plus ka…

jeudi 29 novembre 2007

Sarko, vu d'ici

Commentaire d'un autochtone averti:

'Mais s'il n'est pas capable de garder sa femme, comment est-ce que les gens peuvent lui faire confiance pour gérer un pays?!'

mercredi 28 novembre 2007

Réflexes

Croise une jeune femme, heureuse mère d'un enfant agé de trois ans. Je me retiens de lui demander si elle sait où sont les dents de son enfant. En même temps, à cet âge, et pour une mère, ça ne doit pas poser de problèmes de savoir où a poussé la première dent de lait.

De retour de Kaoland, je me suis longtemps demandée ou j’aillais planquer mes ‘trésors’ en cas de guerre. Quelle latte décoller…Quel mur.. Au cas où il faudrait partir vite et revenir ds 10 ans.

Voila maintenant que je résiste à la tentation de demander aux gens s’ils ont une radio de leurs proches..au cas ou…On ne sait jamais..

C’est sans doute ce qu’on appelle le Point de non-retour.

vendredi 23 novembre 2007

Mères, suite

Mes collaborateurs locaux la connaissent depuis une dizaine d'années. A chaque fois que je les vois, dit elle, 'c'est le monde qui s'ouvre à moi, c'est comme si mon fils entrait avec vous'.
La maison est pauvre, deux pièces, un deuxième étage en construction depuis 14 ans. Les travaux ont été commencés par le fils disparu. Aujourd'hui, comme chaque jour, sa mère dit que 'la maison attends son propriétaire'. Parfois dit-elle, ma tête se met à penser et…'. Elle ne finit pas sa phrase.
Elle attend juste que son fils revienne.

En attendant, elle s'active. Elle va chercher des œufs auprès d'un généreux agriculteur qui 'a l'age de son fils' pour les distribuer aux autres familles de missing. Elle fait le siège des autorités et a réussi à faire construire un petit mémorial sur la place délabrée du village. Mais, elle n'a pas d'argent pour les fleurs. Le maire n'est pas content. Il aurait bien aimé faire de cet espace un centre commercial. Si je m'arrête, je meurs dit elle. Et c'est probablement vrai.

Mais comment est-ce qu'on va bien pouvoir leur parler d'identification de restes humains...

mercredi 21 novembre 2007

Mères

14 ans que son fils a disparu. Depuis 14 ans, elle laisse la porte de la maison ouverte. Au cas ou il reviendrait et …qu'il ait perdu la clé.
Les quelques billets que cet autre avait mis de coté pour son mariage sont précieusement conservés et exposés au musée des 'missing warriors' tenu par sa mère et ou chaque jour depuis 14 ans, les parents se réunissent et pleurent l'éternel absent.
'Je vais bientôt mourir, Rendez moi mon fils', nous dit cette troisième toute en douleur qui, comme toutes les autres, est persuadée que celui-ci est vivant quelque part, détenu dans une prison secrète ou 'vous n'avez pas accès' ou esclave dans une mine d'or 'de l'autre coté' et de terminer sa phrase: 'même son corps..'

vendredi 16 novembre 2007

The Job

Ca commence par une guerre, un « conflit armé » comme ils disent. Pendant cette guerre, comme dans toutes guerres, des gens ont disparu, beaucoup.

Ca fait 15 ou 18 ans qu’ils n’ont pas réapparu, pas téléphoné, pas écrit, pas donné de nouvelles. Il est fort probable que la raison de leurs silence se trouve être ds une de ces fosses communes, plus souvent appelées ‘charniers’ ou reposent ce qu’il reste d’eux.

C’est ce qu’on appelle ds le jargon maison, les ‘FoM’ pour ‘Families of Missing’. Pour eux, un jour, la vie s’est arrêtée ds un entre deux ou l’autre est psychologiquement présent à chaque minute et néanmoins physiquement absent depuis 10 ou 15 ans. Aucune information. Aucune certitude. Renoncer serait trahir celui dont on ignore s’il est mort ou vivant, quoiqu’on en ait bien une petite idée.

Mais, ds sa grande mansuétude, Le droit International a tout prévu et rend les Etats responsables de dire aux familles ce qu’il est advenu de leurs proches. Pas toujours facile qd les conflits ne sont pas réglés et que les disparus se comptent par milliers.

La technique donc: découvrir (vive les photos sat!) ou sont les charniers, fosses communes, tombes improvisées à même le sol, extraire les corps, procéder éventuellement et si l’état du corps le permet, à une analyse Adn, identifier et dire aux familles. Ce qui suppose a minima une volonté politique et qqs moyens techniques dont bien peu de pays sont pourvus.

Mais avant l’extraction des corps et l’analyse Adn, il y a le recueil des « data ante mortem’ auprès de proches et c’est là que la plume intervient. Car il s’agit de se rendre auprès des 5000 et quelques familles des deux cotés de la frontières et de leur faire remplir un questionnaire extrêmement détaillé ou l’on va demander aux proches de donner un état le plus précis possible du corps de l’absent : fractures, état des dents (plombages, extractions..), opérations, cicatrices, tatouages, les vêtements ds lesquels il a été vu pour la dernière fois, Est-ce qu’il est gaucher ou droitier ? Portait-il des lunettes ? Un signe distinctif : tatouage, cicatrice, un anneau de mariage ou quelque chose est inscrit ?, un talisman peut-être ?

Ca dure des heures et ca ramène la famille 10 ans en arrière. Ensuite, tout ca est entré ds une base de données et le jour venu, recoupé avec les données post mortem trouvées au cours des exhumations. Afin de donner enfin une réponse aux familles, ds 5 ans, ds 10 ans, ds 50 ans..

Et comme c’est pas un boulot facile d’aller entendre 5000 fois le récit de parents tout en leur arrachant une information éventuellement essentielle, on prévoit pour les gentils interviewers, une formation à l’entretien et un accompagnement « technique » afin d’éviter les « traumatisations secondaires’. C’est là, entre autres, que j’interviens. Juste après le briefing du légiste.

Les Balkans : 40 000 disparus, 12 000 corps ou morceaux de corps identifiés à ce jour.
Argentine. 10 000 ‘missing’ 500 corps identifiés. Autant de parents qui savent désormais grâce aux progrès de la médecine légale que non, leur fils ou leur frère qui se trouvait à Sebrenisca au moment ou il ne fallait pas, ne s’est pas trompé de route et ne se trouve pas en ‘Afrique’. Au Rwanda ou les charniers se comptent aussi par centaines, on appelait les blouse blanches internationales, les « poches à whisky ». Ici, l’expert forensic est une jolie nana qui a priori ne ressemble pas à une ‘poche à whisky’. Son associ
é est un ex fighter ayant bossé 10 ans ds la collection des data Ante Mortem ds le meme coin du monde. Y a qu’à creuser un peu pour trouver les failles.

mercredi 14 novembre 2007

L'arrivée

Un visa obtenu facilement vu que pour les oublieux qui n'ont pas les photos requises, un photographe est là pour passer ds la queue, faire les photos et les agrafer au formulaire (qu’il ne remplit qd même pas à notre place hein...mais bon, ça change agréablement de l'Empire et de ses petits uniformes…), un chauffeur qui me dépose ds un appart plongé ds l'obscurité et ou manifestement, un autre bipède de sexe et de nationalité encore inconnue, dort déjà.
Le lendemain, c'est en sortant de la douche que je fais la connaissance de mon coloc qui a eu la délicatesse de préparer le ptit dej. Le ‘good morning’ aimable sonne lugubrement comme l’annonce de ces dix prochains mois de vie ds la langue de Shakespeare.

Et c'est le départ pour le buro des Mickey Mouse, sa petite centaine de nouvelles têtes, ses procédures à faire plier de rire l'administration française et huit jours de briefings non-stop.
Il s'agit d’abord de repasser le permis de conduite. C’est que ca ne suffit plus d’avoir encore ses douze points (faute d’être restée suffisamment en métropole pour avoir le temps de les perdre…), il faut encore décrocher la sacro-sainte autorisation de conduire les voitures de la maison.
Et puis, y a le briefing ‘radio’, le briefing ‘IT’, le briefing ‘Secu’ (Que faire en cas de tremblement de terre ou d’incendie ? ’..On est décidément bien loin de Kaoland…), le re-briefing politique fait par le big boss lui-même, excellent, il faut le dire, le briefing ‘autres départements’ (qui font quoi..), le briefing ‘cantine’, le briefing ‘logiciel maison’ (un enfer..), le briefing ‘Welcome’ et j’en passe…

Ensuite, il faut se démerder avec les centaines d'abréviations utilisées par les Mickey, chaque département ayant les siennes. Ainsi déclinée par objectifs, la feuille hebdomadaire de time reporting (un briefing pour elle toute seule) ressemble à :

ACmodC3 12%

Vsprot16 4%

AcdispV2 9%

…………..

Et y' en a 9 des objectifs comme ça…Me reste plus qu'à décoder le tout et faire coller les objectifs de ma job description ds les bonnes cases…Enfin, quand j’aurais compris de quoi on cause.

samedi 10 novembre 2007

Le briefing

Un emploi du temps remis à l'arrivée à la réception. Décliné par demi-heures et par bâtiments. On passe d'un bâtiment à l'autre et du briefing politique au briefing médical (essentiellement sur la protection contre le palu...indispensable..) à l'explication de la fiche de paie et des cotisations retraites en finissant par la remise de la sacro-sainte carte d'identification et de la pharmacie (encore faut-il pouvoir la coincer qq part) pleine de trucs indispensables de type: une bougie, une boite d'allumettes, une demi douzaines de préservatifs, des ciseaux de chirurgie, des compresses, des médocs pour tout: la diarrhée, la nausée, l'insomnie, le rhume, la fièvre. Et pleins d'autres trucs dont on verra bien à quoi ils servent à l'usage. Une derrière bière en terre civilisée et faut y aller. Et comme, on ne laisse rien au hasard, on ne voyage que sur des compagnies européennes ou équivalentes en termes de sécurité aérienne. Et dès l'avion, rempli de gros bonhommes munis du dernier laptop en vigueur, on sent bien qu'on a bien quitté Kaoland pour un tout autre monde.

Le Jour d'Avant

Ça se passe donc à Paris, terre gauloise où j'aurais eu le bonheur de vagabonder qqs semaines avant de repartir 'vers de nouvelles aventures" comme ils disent à la télé.

Nous sommes un jour avec le grand départ. La veille, ils sont venus chercher ma "malle" à Paris. Faute d'habitude, vu que je suis toujours partie avec les 20 kg réglementaires, qd le chauffeur est venu déposer son gros camion aux pieds de mon immeuble et a vu mes petits 22 kg de bagages au lieu des 50 possibles, il a eu l'air un peu étonné. M'en fous, moi, ça me fait toujours qqs kg de moins sur le dos.

Avant, il y avait eu une batterie de tests médicaux à faire fuir un jeune appelé: test d'infection urinaire, radio du thorax, test de sang, HIV, vaccins à la pelle incluant la typhoïde pour "des raisons d'assurance" dixit le papelar et ce, même si je décolle pour un pays où l'on n´a probablement jamais vu un cas. Comme mon toubib est sympa et que tout ça doit le détendre un peu, je négocie sa signature sur le fameux certificat d'aptitude en 15 pages en échappant à la rage et à l’encéphalopathite japonaise.

Lui au moins, se marre se marre bien en lisant le blabla à son attention[1] surtout qd il lui faut remplir la case concernant mon 'état mental'.

Plus extrait de Casier judiciaire, plus carte de groupe sanguin, plus permis international obligatoire, plus l'ensemble des conventions de travail, les règles d'engagement[2] à lire et à signer, à fournir…Plus…plus tout le reste; au final, tout ça tout ça m'aura bien occupé au cas ou je n’aurais pas su quoi faire en rentrant de Kaoland.



[1] 'Attention, la personne est susceptible de voir des horreurs'. Et vous en avez-vu vous, des horreurs?, me demande-il narquois…Bah non, a part les charniers rwandais qui sentaient pas la rose, surtout qd ca pleut, rien vu, répondit la bergère. Non mais franchement…

[2] Avec une clause toute particulière concernant l'interdiction d'acheter "des faveurs sexuelles" de même que le fait "d'ignorer l'age de la victime ne saurait constituer une excuse…"